06.02.2012
Fondus de la Troisième
Il est d'ancienne tradition chez le mégalomane de se prendre pour Napoléon, à commencer par son lamentable neveu qui affubla la France d'un Second Empire après avoir été le premier président de la République. A propos ! 2012 est une bonne année pour se pencher sur les aliénés qui ont fait de la présidence de la République Française le focus de leurs fantasmes. Peu connus, ils ont pourtant jalonné l'histoire récente de notre grande et sympathique voisine. Voici les « Fondus de la Troisième ».
Marcel Napoléon Badinguette
Les débuts des présidences folles sont quelque peu balbutiants mais la Deuxième République sera deuxième alors que l'Empire ne sera que Second, 1848 verra l'apparition du premier fondu de la République.
Né en 1808, Marcel Napoléon Badinguette, n'est pas gâté par un père, militaire et grognon, qui lui donne un prénom difficile à porter. A 40 ans, déstabilisé par la mise en place du suffrage dit universel, il s'identifiera rapidement au personnage qui devint la tête à claque du père Hugo. Il fit la joie des enfants qui se moquaient de sa barbichette et en inventèrent un jeu de récréation. Il retournera dans l'anonymat dès 1852 mais sera récemment célébré par un groupe de hackers qui ont adopté un masque à son effigie.

Alfred « Deux-Tiers » Mellécasse
Alfred tient son sobriquet du fait qu'il était plus qu'à moitié fou. Après l'écrasement de la Commune de Paris, dans laquelle il avait fondé de grands espoirs, il sombra dans l'alcoolisme. La fée verte eut raison de sa raison en quelques mois. Il acheva sa pâle existence à l'asile de Versailles.
Patrick Marron
En avance sur son temps, il se déclara maréchaliste et s'identifiera au Président-poète qui, lors d'une cérémonie au Père-Lachaise, s'exclama : « Que d'os ! Que d'os ! ». Avocat de formation, il fut pris d'une lubie soudaine, faire fortune dans l'exploitation intensive de châtaignes au Mexique. Il y mourut dans le dénuement le plus complet.
Jean Galuchon
Plus connu sous le nom de plume Jijé, il fut le premier psychotique belge affecté par le sujet de notre article. Il entreprit une biographie dessinée de Jules Grévy sur les murs du carreau de la mine voisine. L'oeuvre ne lui valut aucun succès mais un séjour prolongé à la prison de Jamioulx. Ce revers et l'enfermement lui firent perdre son peu d'équilibre mental. Objet de curiosité et petite gloire locale, il influença considérablement un jeune concitoyen de Marcinelles quelques années plus tard, Joseph Gillain. Celui-ci nous donnera l'inoubliable « Don Bosco » et la création du personnage de Fantasio.
Saadi Khaghno
Poète persan, né en 1837. Issu d'une famille de lettrés, il était au fait des affaires du monde. Il fut très perturbé par l'étrange homonymie bilingue qui le reliait au Chef de l'état, au point de lui faire faire le voyage d'Europe dont il reste les traces dans une abondante correspondance. Il ne résista pas aux fièvres exotiques et contracta la syphilis auprès de la même dame que Guy de Maupassant.
Arno Florent
Adepte du divin marquis, le sadique Arno fut encamisolé dès l'âge de 19 ans. Abondamment battu et maltraité comme il était d'usage à l'époque pré-freudienne, il en subit de graves dommages mentaux et se convertit aux préceptes de Sacher-Masoch, ce qui le combla. Ironie du sort, lors d'une séance houleuse, il fut tué par un soignant du nom de Sante.
Casimir Sérieux
Personnage discret, il ne subit qu'une crise de courte durée (6 mois et 19 jours). Bouffées délirantes lors desquelles il inventait des recettes de cuisine. Une seule nous est parvenue sous le nom de gloubi-boulga.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Gloubi-boulga
Armand de Saint-Claude
Entre Fachoda et l'affaire Dreyfus, à la veille du siècle nouveau, la société française était ébranlée de tous les côtés. Erotomane compulsif Armand se livra, à la suite de la disparition de Félix Faure, à des expériences radicales qui eurent raison de son coeur affaibli par les excès de la chair. Cependant son nom restera dans les annales, attaché à un accessoire de pèche.
Vincent Loupé
La Belle Epoque... Sous la présidence d'Emile Loubet, s'ouvre une période de stabilité, ce qui n'était pas le cas de tous ses contemporains. Alors qu'on célébrait l'essor de l'électricité domestique, Vincent Loupé en vint à « péter les plombs », il fut le premier à « disjoncter ». Ces termes sont demeurés dans le langage courant.
Clément Familier
Clément fut ce qu'on appelle communément un « brave homme » jusqu'au jour où, mu par une inexplicable lubie, il décida de s'installer au Maroc afin d'y établir un commerce de psychotrope léger. Son comptoir principal enregistré à Agadir attira de nombreux touristes allemands ce qui indisposa les autorités locales alors sous l'influence de services occultes français. Soumis à une surconsommation de ses propres produits, il subit la « crise d'Agadir » et fut rapatrié.
R@ymond Point-Nèthes
Génial inventeur de l'arobase, R@ymond fut la risée de ses collègues scientifiques car la trouvaille bien trop en avance sur son temps n'était d'aucune utilité. D'autre part, il fit l'objet d'une boutade de Clémenceau qui égaya les couloirs des Assemblées auxquelles R@ymond avait présenté ses projets : « Il n'est point net celui-là ! ». Perturbé par cette attitude vexatoire, il sombra dans une sinistre dépression qui le suivra jusqu'à sa mort en 1929.
Paul Deschanel
Paul Deschanel constitue un cas particulier dans notre étrange florilège. Il se prenait pour le Président de la République alors qu'il était le Président de la République. Certains ont cherché à expliquer l'origine de son déséquilibre par sa naissance à Schaerbeek ou son duel perdu contre Clémenceau, encore lui, voire par son appartenance à l'Académie française.
Michel Raccord
Jarnacais de naissance, Michel Raccord se prenait pour Mitterrand (François), totalement inconnu à l'époque vu son jeune âge. Les psychiatres eurent tôt fait de considérer que la personnalité investie ne pouvait être que Millerand (Alexandre) alors au pouvoir à Paris. On verra là une éclatante démonstration de la légèreté dont fait preuve cette profession face aux phénomènes qui lui échappent.
Omer Denis
Pendant les bien nommées Années folles, la confusion des genres était de mise. Omer Denis tenait avec bonheur le rôle de Gaston Doumergue dans un spectacle de travestis. Le succès de la parodie lui monta à la tête et l'abus de cocaïne aidant, il ne distinguait plus les limites entre son activité nocturne et sa vie sociale. Malgré la ressemblance qui l'unissait à l'illustre locataire, il fut arrêté à la grille de l'Elysée et colloqué en 1931.
Joseph Merdou
A la suite d'une visite dans les provinces, le Président subjugua une de ses compatriotes venue l'acclamer, au point que celle-ci imposa d'étranges exigences à son mari. Elle voulut qu'il singeât les moindres poses de son idole, ses façons de se tenir, de parler, de s'habiller et, d'après ses rêves, de faire l'amour. Poussé à bout, Joseph entreprit de se débarrasser de son rival virtuel. Il se munit d'un pistolet et se rendit à l'exposition qui devait être honorée par la visite du grand homme. Bien que cocufié par lui-même, Octave Merdou n'avait pas de chance, un certain Gorgulov l'avait précédé.
Maurice Leroux
Rongé par l'angoisse de la page blanche, ce jeune auteur perdit pied peu à peu. Obnubilé par le blanc, il devint pacifiste militant. Broyant du noir, il devint anarchiste militant. Ensuite il s'affilia à une secte manichéenne, ce qui en ces temps troublés pour la paix du monde, ajouta à sa confusion. Finalement il adopta l'identité d'Albert Lebrun pour gagner l'Afrique du Nord où une maison de soin le prit en charge le 3 septembre 1939.
Les cinglés cinglants reviennent prochainement : « Moldus de la Quatrième » et « Fêlés de la Cinquième ».
20:07 Écrit par Boyard | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note |
Facebook |


Commentaires
Salut Boy
Bel exercice,c'est sympa d'avoir ressuscité ces desseins...
Écrit par : dem | 07.02.2012
Répondre à ce commentaireSalut Boy,
très sympa et belles trouvailles.
Écrit par : bishopkiller | 07.02.2012
Répondre à ce commentaireMagnifique, oh Boy ! J'attends maintenant avec impatience la bio de l'actuel "Fêlé de la Cinquième"...
Écrit par : Morticia1977 | 08.02.2012
Répondre à ce commentaireÉcrire un commentaire